Qui est Delène Bartholdi, le peintre ?

 

Régis Delène naît le 14 décembre 1956 à la Roche-sur-Yon (Vendée, France). Il est l’arrière petit neveu du sculpteur Frédéric Bartholdi. 

Après des études secondaires dans sa ville natale, il suit à Nantes de 1975 à 1980 des cours d’arts plastiques et d’arts appliqués à la photographie et à l’audiovisuel. 

En 1981, il postule au concours de professeur d’arts visuels appliqués à l’école des Beaux-Arts de Nantes et réalise un premier voyage au Maroc, premières méharées sahariennes. Claude Moyon,  directeur de la galerie nantaise Moyon-Avenard le présente au cinéaste Jacques Demy puis expose ses œuvres aux côtés de celles d’Yves Brayer, de Georges Matthieu et de Bernard Buffet. Rencontre les artistes vendéens Roger Ducrot, Henry Simon et Claude Delaunay et installe son propre atelier à Saint-Georges-de-Pointindoux, petit village de la campagne vendéenne où il travaille sur ses paradis perdus que sont ses « Jardins évanouis ». 

Dès 1983, il utilise dans ses toiles la partition musicale en miroir d’un drame humain qui se joue derrière chaque humain. Il connaît cependant les limites de cette matière noble, le papier, fort et fragile à la fois, et se met en quête d’une utilisation du papier vidé de ses anecdotes.  

Après avoir exposé en 1985 au salon des Artistes Français, il part aux Etats Unis, étudie à l’Art Students League, rencontre le directeur de la Jadite Gallery, Roland Sainz, qui montre un grand intérêt à ses premiers « Attrapeurs d’Absolu » et devient un ami fidèle. Cette rencontre consolide son choix de devenir peintre. L’artiste, depuis son atelier d’exil de New York, utilise ses doutes et sa passion pour traiter de la place de l’homme et de sa destinée.  

Avant de regagner la France il profite en 1989 d’un bref séjour en République dominicaine sur l’île de Samana pour nourrir sa réflexion autour des thèmes de la cartographie et des repérages temporels.  

De retour en France, il installe son atelier près de Dourdan dans la vallée de Chevreuse, ( Paris ) et met fin à ses « Attrapeurs d’Absolu ». Tel Icare cassant les images dans lesquelles il a cru, l’artiste exécute des « Plaques de verre » qui ne sont plus qu’images fantômes brisées pour conjurer les ciels amers des années de doute. 

En 1991, il effectue un séjour en Mauritanie et découvre les manuscrits de la cité caravanière de Chinghetti enfouis depuis des siècles sous le sable du désert, ce sable qu’il affectionne temps de par son intérêt esthétique et son rapport symbolique, ce sable qui sert à mesurer le temps.  

En 1993, il rejoint sa Vendée natale où, face à la mer, il éprouva ses premières émotions de peintre qui maintenant inspirent ses « Rivages ». De son travail sur le sable naissent les « Clepsydres » qui, comme les sabliers, mesurent le temps.  

Des quelques gouttes d’eau tombées de la clepsydre sont nées en 1996 des graines et des semences nouvelles, symboles de renouveau dans l’œuvre du peintre. Celui-ci illustre l’ouvrage « Autour du monde, autour d’une vie » consacré au navigateur Eric Dumont.  

En quête de nouvelles oasis, il engage un long périple depuis les rives du Jourdain jusque dans le désert saharien au contact des Touaregs. Ses « Carnets de voyages » font l’objet de plusieurs expositions et d’un livre édité en 2003.  

Puis l’artiste redécouvre les manuscrits de Chinghetti, ces pans entiers de notre histoire, qu’il interprète et intègre dans son œuvre selon le sens qu’il donne au papier, celui de sa force et de sa fragilité, métaphore de la chair de l’homme et témoin de son passage. Ce sont ses « Mémoires de sable » qu’il expose dans son tout nouvel atelier de Beaulieu-sous-la-Roche en Vendée, avant de s’échapper une nouvelle fois, en compagnie d’Isabelle, au Maroc, au pied de l’Atlas son second port d’attache.  

Aujourd’hui, l’artiste toujours en quête des origines de notre savoir, travaille sur les Routes de la soie et les pèlerins , qui,  dans la doublure de leurs caftans ont entreposé le savoir glané sur leur chemin. 

 

 

Portrait par Amilcar  Azenfratz

  

Qui est Delène Bartholdi, le peintre ? Celui qui part en 1986 pour l’Amérique  vivre New-York , Cet homme en quête. Arrière petit neveu du sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi, l’homme est-il en recherche des traces laissées par le génial auteur de la statue de la liberté ?

 Lorsqu’il arrive dans l’hiver de Manhattan, personne ne l’attend.  Il déambule à la recherche d’une galerie, un carquois de toiles roulées sur le dos. Il veut confier ses rêves à l’Amérique ; dire sa culture, notre histoire avec  la même passion, la même foi que fut certainement celle de son grand oncle. Sa ténacité lui donne raison.

Le travail  qu’il présente lors de sa première exposition à Jadite galleries  est celui  de la période des ‘ JARDINS EVANOUIS ‘ ; réminiscences de paradis perdus. Sur ces grandes toiles, le végétal froisse les grands ciels de nos nostalgies. Sa peinture se mêle à des mots, sa prose en filigrane se glisse sous une touche sensible, Proustienne parfois …  C’est un succès. Le Hérald Tribune lui consacre un article élogieux. Mais le peintre ne se satisfait pas de cette première victoire. Déjà, en France  ses amis, des fondations, des collectionneurs lui ont fait confiance. Delène Bartholdi sait les exigences de la création. Il est jeune, il est seul,  il n’a que 30 ans et il ignore tout du plus profond de son art, mais déjà les premières fulgurances de sa peinture fécondent en cette terre ce que deviendra son œuvre.

Manhattan est la terre qu’il espère. La ville qu’il arpente, les vertiges dont-il se nourrie agissent et révèlent en cet échange des éblouissements ; cette expérience lui apparaît  comme  une initiation. Le peintre boit cette coupe jusqu’à la lie. Il partage un atelier avec trois peintres Américains et tiens le piano du bar de l’hôtel Hilton  sur la cinquième avenue à la tombée du soir avant de reprendre ses pinceaux à l’atelier qui lui est réservé de minuit à neuf heures du matin.  Une année passe,  une deuxième , puis un troisième hiver et malgré un nouveau printemps, loin de sa culture , Manhattan entame son rêve . La ville ensorceleuse le trahit en son élan. Le goût du lucre dissimulé sous des allures de fête , la porosité du béton épuise sa sève . Le miroir des grandes cathédrales païennes ont cessé de lui refléter la légèreté des ciels de ses premiers émois.

Souvenons nous, nous sommes dans ces années « paillettes » … Ses dernières confidences sont celles qu’il souffle à son piano jusqu’au milieu de la nuit en des mesures inespérées afin de retrouver la note bleue ;  Un  blues au bord de ses doutes.  C’est sa période riche et dramatique des attrapeurs d’absolu. Les grands corps Prométhéens qu’il dessine se heurtent et s’écorchent aux  limites de la toile et du vide.

Delène Bartholdi certes, puise son énergie dans cette ville unique, tour de Babel et mante religieuse à la fois ;  Manhattan  est une amante perverse et même s’il l’aime, il la quitte pour s’installer en lisière de Paris dans la vallée de Chevreuse. Nous sommes en 199O.

La guerre du golfe éclate. Un conflit mondial improbable,  inattendu …

  • Pendant 3 années l’artiste peint des corps déchus de leurs ailes, des corps en chute ;  non pas ceux de la guerre, mais ceux d’une société en crise. La perte de nos repères, ceux de l’argent, l’apparition d’un monde virtuel …   Le mythe d’Icare est évoqué comme une course effrénée, prétexte à désigner le tragique de notre société en mutation - une alerte ...      C’est aussi de lui aussi dont-il fait le portrait. Il l’affirme dans ses notes lorsqu’il l’écrit : « Comme le papillon se brule les ailes en s’approchant de la lumière » .       Une défaite annoncée, un échec ou une expérience ?

C’est sur l’envers de  plaques de verre pareilles à des clichés photographiques - parfois calcinés, éclatés, cassés que l’artiste peindra son sentiment sur la virtualité du monde naissant qu’est l’informatique. Images  inatteignables, privées de leur chair, illusoires...  

Ce sont des années inquiètes qui renouvellent son art. L’artiste apporte, intègre  dans la  matière picturale des papiers froissés pareils aux lambeaux d’une chair meurtrie, des papiers forts et fragiles, porteurs de projets - flétris, réduits parfois jusqu’à la  cendre.  Ces peintures : claquements  de voiles en plein ciel évoquent un Icare   aux ailes déchirées, nourries d’or et de cire. C’est là que ce renouvelle sont art en cette autre forme d’éxil sous les toit d’ardoises de son atelier  improvisé dans une ferme du XVI eme siècle au creux de la forêt de Foisnard .

C’est aussi pendant cette période d’interrogations que l’artiste entreprend de longs voyages. Il part pour l’Afrique noire, le Moyen Orient, traverse le Sahara  de Méharées  en  Méharées  avec ses amis Touaregs . Il veut vivre le monde à hauteur d’homme, il chevauche de plaines en steppes - fidélité complice qu’est sa grande passion depuis son enfance : le cheval  .  Il vit aussi l’expérience d’une vie de Robinson sur une presqu’île des Caraïbes.

De ses voyages il ramène des dessins, des écrits  accumulés en des carnets recouverts de peau d’autruche. C’est précisément de cette Robinsonnade et de ses périples que le peintre trouve une prolongation à son œuvre, un autre souffle.

En Septembre 1993, il quitte Paris pour retrouver la Vendée où s’inscrit son acte de naissance. Territoire ouvert sur l’océan, c’est ici qu’il s’invente d’autres repères  comme se les étaient imposés le héros de Daniel Defoe : son travail est une réflexion sur la mesure de l’espace et du temps pour y faire éclore d’autres projets en ce lieux d’élection – une promesse. C’est là que le peintre a choisi de vivre avec Isabelle qui devient son épouse, l’accompagne et le soutien dans sa peinture.

Icare, l’Attrapeur d’Absolu  est devenu Robinson ; Son enveloppe corporelle disparaît de la toile pour ne recueillir de son histoire que des fragments d’ailes de papier froissés. Puis les plis du papier se lissent et laissent entrevoir des cartographies empruntées à un  imaginaire et une respiration nouvelle : Celle d’un homme jeté sur le jusant d’une grève, – à la poursuite de son « Absolu »

Sur ses toiles, des chemins se  croisent, se chevauchent, des palimpsestes naissent et font éclore des symboles – vocabulaire d’une écriture dont la géographie n’est pas absente. L’expérience de ses voyages laisse en sa mémoire l’usage de cartes et de cadastres ; C’est précisément  sur ces rivages imaginaires qu’il donne une autre mesure, réorganise son travail, ou un autre temps s’impose éclairé de nouvelles lunes. Comme Robinson, Delène Bartholdi ne manquera pas de revisiter la mesure des circonvolutions du jour par l’usage des fameux sabliers du temps inventés par les Egyptiens : les clepsydres.   Inévitablement, l’expression de leur forme n’est pas sans évoquer des galbes empreints de féminités. L’eau nourrit la ligne douce de ces ventres féconds – matrice essentielle à l’éclosion sous le sable, de ses « graines « une autre période dite  « Le jeu des semailles ».    Voilà le point de métamorphose de son œuvre.  L’attrapeur d’Absolus était seul, comme Icare et voilà que cet  »autre « le féminin,  complément indispensable à son être  surgit en sa vie et son œuvre.  Le « jeu des semailles «  fera advenir un travail sur « l’arbre de la connaissance « suite évidente de ce cycle.  Une épiphanie.

L’ombre portée de ces arbres nous questionne comme une conscience viendrait nous interroger. Désormais son expérience picturale affirme de nouveaux codes : le sable, le même que nous découvrions sur la terre d’envol d’Icare, le papier, symboles nécessaires à son vocabulaire.

Bientôt du ramage de ces arbres, véritables totems végétaux, naitrons des gousses, des graines en devenir, fécondées par la matière et l’esprit, entre la terre  et le ciel – la somme de l’affrontement de l’artiste à ses inconnus, le fruit de ses rencontres …

Nous sommes en 1999 et l’évènement s’opère…Alors que le peintre voyageait dans le désert de Mauritanie, son guide lui révèle en la ville abandonnée de Chinguetti la présence de milliers de manuscrits ensevelis, en sommeil sous le sable d’anciennes bibliothèques en ruine. Des » graines » de savoir en quelque sorte … une histoire enfouie de la transmission de nos connaissance acheminée depuis l’orient vers notre occident. Traités de grammaire, de géographie, d’algèbre, d’astronomie, d’une calligraphie séculaire intacte  protégée par les sables …Métamorphose troublante, point de jonction inattendu d’un travail de peintre enrichi de celui d’un voyageur, d’un chercheur pour qui le nomadisme, la mobilité aura contribué à l’avancée de nos savoirs.

Dans ses toiles, l’artiste n’aura de cesse de retrouver l’émotion vécue, lorsque Mahmoud son guide, le bras remuant le sable au plus profond des entrailles de l’histoire, mettait au jour des liasses et des liasses d’un savoir oublié. Dès lors, le peintre travaillera la matière de sa toile à rebours .Plutôt que d’additionner des touches de couleur, l’artiste les  soustrait. Après avoir marouflé dans le lit de sa toile de lin cru ses manuscrits puis recouvert de sables, de pigment, et de cire parfois  un traité d’astronomie oublié, Delène Bartholdi de son scalpel, de ses ponçages subtils révélera des compositions proches d’une archéologie sublimée en son souvenir.

Sous ses fouilles se confrontent la calligraphie arabe à des miniatures médiévales et des cartes du ciel .Une synthèse, un hommage à ceux qui comme les Chinois, les Indiens ou les Arabes nous ont précédé dans ce savoir accumulé.

Ce long chemin est peint sur le tableau comme une célébration  au fruit de cette connaissance, à Marco Polo, à Ibn Battuta et autres aventuriers pour qui la découverte de l’aiguille aimantée de la boussole fut plus importante que pour nous l’invention du GPS.

Plus forts que la vie achevée de ceux qui en furent les scribes, ces papiers si fragiles ont survécu à leurs inventeurs, ces graines ont été capables de faire éclater la pierre de la montagne, nous prouver que la terre est ronde.

Aujourd’ hui, c’est à ces hérauts, ces attrapeurs d’absolu que le peintre rend hommage, à ces chercheurs infatigables en quête d’une connaissance d’absolue. Pendant tous ces siècles, ils cheminaient à pieds entre les plaines et les montagne d’Orient, accumulant, dans la doublure de leur manteau , de leurs kaftans brodés de fils d’argent le précieux savoir pour le transmettre à l’élève qu’il s’était choisi.   

 

                                                                                                                     Amilcar   Hazenfratz